TE-01Le terrain
Lire un terrain
Avant de lâcher le chien : le vent, les distances, les couverts, l'eau, ce qu'un terrain enseigne au conducteur qui sait le lire.
Noté le · N. Delorme, rédactrice de dressage · relu par P. Castaing

Le premier exercice d'une épreuve n'est pas un rapport : c'est la lecture du terrain. Le conducteur qui arrive au poste sans avoir lu le vent, les distances et les couverts envoie son chien à l'aveugle, et le juge le voit avant le premier lancer. Le cahier commence donc la saison du terrain par la leçon qu'on n'exécute pas avec le chien : la leçon des yeux.
Le vent d'abord
Le vent décide de tout. Un objet tombé au vent du chien se trouve par l'odorat avant la vue ; un objet tombé sous le vent exige que le chien aille le chercher au-delà pour le sentir en revenant. Le conducteur qui connaît le sens du vent sait où placer sa ligne et comment lire une hésitation : un chien qui cherche contre le vent ne « perd » pas l'objet, il le cherche là où l'odeur vit.
On lit le vent aux herbes, aux feuilles, à la fumée d'une cigarette, au fil de laine au bout d'une canne. Et on le relit pendant l'épreuve, parce qu'il tourne.
Les distances
Les distances se lisent en points fixes : le piquet de marquage, le bosquet, la haie qui coupe le champ, la limite du couvert. Un terrain ouvert allonge tout ; un couvert dense raccourcit. Le conducteur entraîné pose des repères dans sa tête, le chien envoyé à soixante mètres ne se conduit pas comme celui envoyé à cent-vingt, et la main qui guide doit le savoir.
Les couverts et l'eau
Le couvert est la part difficile : herbes hautes, ronces, maïs, sous-bois, le chien y travaille au nez, hors de vue, et la confiance du conducteur se mesure là. Un chien qui disparaît dans un couvert n'est pas perdu, il travaille ; la faute est de le rappeler trop tôt.
L'eau est la variation la plus demandée : un dummy au-delà du plan d'eau demande un chien qui entre sans hésiter, traverse droit, prend l'objet et revient par le chemin le plus court, pas toujours celui par où il est allé. Le terrain qui a une mare, un fossé ou un bras de rivière est un terrain qui note.
La lecture en compétition
En working test comme en field trial, le conducteur a le droit de regarder avant d'envoyer. Les meilleurs utilisent ce droit : ils marchent jusqu'au poste en lisant, ils regardent le premier chien travailler quand l'épreuve le permet, ils notent où le vent couche l'odeur. La lecture est gratuite ; celui qui ne la fait pas paye en points ce qu'il n'a pas voulu voir.
Le terrain comme texte
Le terrain lu correctement dit aussi ce qui s'y est passé : la trace fraîche du lièvre, l'odeur du renard qui a traversé la haie, la mare où un canard est tombé la veille. Le chien le lit au nez ; le conducteur doit le lire aux yeux, parce que la distraction du chien est souvent une information qu'il n'a pas prise.
Le cahier ajoute une règle de saison : le terrain lu en septembre n'est pas celui de janvier. Le couvert qui portait l'odeur à l'automne la retient l'hiver ; la mare qui portait le vent s'est vidée. La lecture se refait à chaque visite, comme la page se réécrit à chaque note.
La page, relue
Les règlements des épreuves de travail laissent au conducteur le soin de lire le terrain avant l'envoi ; les éléments décrits ici, vent, distances, couverts, eau, sont les quatre chapitres que les juges eux-mêmes relisent quand ils posent un exercice.


